Pierre BRUEGEL
Pierre BRUEGEL
Dates : 1525-1569 (44 ans).
Lieu : Bruxelles.
Thèmes : Scènes de genre, paysages.
 
Pierre BRUEGEL




Né dans un petit village de Campine « dont il prit le nom pour le transmettre à ses descendants », et que les spécialistes n'ont pu situer précisément, Bruegel entre en ap- prentissage à Anvers vers dix-huit ans chez Pierre Coecke, féru d'italianisme. Après 1550, il entre chez Jérôme Cock, peintre-graveur, propriétaire de la boutique « Aux quatre vents », spécialisée dans la vente des estampes et reproductions gravées de tableaux célèbres. Autour de Cock s'est formé un petit « cénacle » humaniste.
Pierre Bruegel y noue les meilleures relations avec des lettrés, comme le savant Ortélius, l'imprimeur Plantin, Goltzius et Coornhert, et ne cache pas sa sympathie pour la religion ré- formée.
En 1551, il est reçu maître peintre à la guilde anversoise de Saint-Luc. En 1552, il se rend en Italie, où il apprécie le paysage aux couleurs contrastées, aux contours nets (Fleuve dans un paysage accidenté) - Il visite Naples, la Sicile, se lie d'amitié avec le géographe bolonais Fabius et prend connaissance des oeuvres de Titien et de Piero della Francesca. De son voyage de retour par les Alpes, il a gardé un inef- façable souvenir, qu'il exprime dans la série d'oeuvres gravées dès 1553, à Anvers, pour J. Cock (les Grands Paysages). La seule gravure l'occupe encore plusieurs années : en 1556, il donne les Sept Péchés capitaux, puis, en 1559, les Sept Vertus.

Bruegel - Chasseurs dans la neige - 1565
Museum de Vienne


En 1563, à Bruxelles, en l'église Notre-Dame-de-la-Chapelle, dans le quartier des tisserands, il avait épousé la fille de son premier maître, Pierre Coecke, dont il eut deux fils, Pierre et jean. Pierre, dit « d'Enfer », né vers 1564, copia les tableaux de son père. jean, dit « de Velours », né en 1568, peignit des paysages, des fleurs et des fruits. Bruegel, au terme d'une courte carrière, mourut un 4 septembre, alors qu'il terminait une commande pour la municipalité. On l'enterra en l'église Notre Dame-de-la-Chapelle.
A l'exception du Paysage fluvial, daté de 1557, les premiers tableaux signés de Bruegel datent de 1559. Pour illustrer les Proverbes flamands (la Huque bleue, 1559, Berlin), coinmémorer le Combat de Carnaval et Carême (1559, Vienne), montrer les jeux d'enfants (156o, Vienne), Bruegel, à la façon des imagiers et conteurs populaires, fait une énumération colorée des diverses phases de la scène : jeu, farce, fête populaire. Son originalité vient de sa façon de présenter les personnages, courts et trapus, la tête peu dégagée des épaules, les yeux baissés et le visage dissimulé plus qu'à demi sous des bérets ronds ou des capuchons trop grands. Bruegel, qui ne cachait pas sa sympathie pour l'Eglise réformée, stigmatise à sa manière les troupes occupantes de Philippe Il et les persécutions de l'Inquisition.
L'insécurité permanente aura de profondes répercussions sur les sujets qu'il choisit d'évoquer, comme les Singes enchaînés (1562) ou la Montée au Calvaire (1564, Vienne), qui reflète l'atmosphère de grandes exécutions capitales ordonnées par Philippe Il à titre d'exemple. Eparpillée, bariolée, une foule composée de cavaliers en habits rouges, de fantassins et de badauds se dirige vers un calvaire que figure au lointain une butte gazonnée ; au sommet d'une aiguille rocheuse s'accroche un moulin. Dans le ciel lumineux. planent des corbeaux. Au premier plan, un bucrane, couleur de glaise.. évoque la mort.

Bruegel - la moisson - 1565
MoMa New York


La Chute des anges rebelles (1562, Bruxelles) est une vision mythologique, assez proche de Bosch, mais où l'enchevêtrement. sans profondeur, de monstres insolites touche à l'abstraction colorée. En 1564, il peint la Dulle griet (Anvers), femme maudite personnifiant l'Espagnol détesté ; décharnée, voûtée, chargée du produit de son pillage, l'épée à la main. elle marche en allumant des incendies et en semant la ruine. Au bout de son chemin s'ouvre la gueule béante de l'enfer.
L'Inquisition espagnole se faisant plus féroce, les seigneurs calvinistes se regroupent ; à l'occasion d'une banquet fameux, bourgeois, commerçants et gens de toute condition célèbrent leur union nationale contre les Espagnols en buvant à la gloire des Gueux. Bruegel montre que même les Mendiants 1568. (Louvre), infirmes (ou mutilés...) au dernier degré, parés des attributs flétris de leurs fonctions anciennes, arborent la queue de renard. symbole de la résistance et du ralliement des Gueux.
Le soulèvement de 1566, réprimé dans le sang, inspire à Bruegel le Massacre des innocents (1567,Vienne) vibrant témoignage d'accusation, par sa sobriété même et la rigueur de son dessin, porté contre le, soldats aux tuniques rouges arrachant des enfants à des mère, à genoux dans la neige durcie. Li Triomphe de la mort (1568, -Madrid
est le point culminant de ces annéces d'obsession morbide. C'est la présentation apocalyptique et macabre de l'invasion du monde des humain;par des régiments de squelettes furieux. Cette originale mais funébre interpénétration des deux mondes, qui rappelle les danses macabres du -Moyen Age, tourne a u désavantage des vivants. massacre, avec une grande énergie : pendu:,. noyés, égorgés, poussés dans le vide. étouffés sous la terre. taudis que près d'une table à festin et d'un jaquet renversé se tient le dernier carré des survivants. l'épée à 1 à
main. La Pie sur le gibet (1568, Darmstadt) montre avec un humour grinçant comment la présence des poteaux de torture s'est si bien intégrée au paysage qu'elle n'émeut même plus les paysans dansant à leur pied, ou la pie qui l'utilise comme perchoir, ou le peintre, enfin. sensible à la beauté transparente du ciel, au feuillage pointillé des arbres, aux glacis vert tendre des pelouses.
L'art de Bruegel connaît des aspects moins troublés et tout à fait charmants lorsqu'il s'attache à rendre les beautés de la nature : la campagne flamande mêlée de souvenirs alpestres, tel est le thème du cycle des saisons exécuté vers 1565 . Cinq toiles subsistent : Fenaison (mai-juin, Prague), Moisson (juillet-août, New York), la Rentrée des troupeaux (septembre-octobre, Vienne), les Chasseurs dans la neige (novembre-décembre, Vienne), dont le dépouillement rappelle les lavis orientaux sur fond de neige, et Journée sombre (février-mars, Vienne). A mesure que la saison s'avance, on voit les couleurs se nuancer finement de degré en degré, dans les teintes des écorces d'arbre, des feuillage ou des cieux passant du blanc éclatant de l'été au vert lugubre de l'hiver.



Bruegel - Danse de paysans - 1566
Detroit Institute of Arts

En 1563, il peint la Tour de Babel (Vienne), puissante évocation de ce mythe enraciné au fond la conscience humaine, véritable « ar- chétype de la pensée originelle » : une tour qui monte au ciel pour atteindre Dieu. Peu importe de savoir si c'est le Colisée ou la ruine de quelque ziggourat baby- lonienne qui inspira Bruegel : cette architecture en rotonde fascine. L'allégresse populaire suggère à Bruegel le Repas de noce (1568, Vienne), autour d'une grande table disposée en diagonale, où les globes colorés des têtes enfoncées sous les bérets sont dans le même alignement que les soucoupes destinées aux convives. Têtes, soucoupes, silhouet- tes rondes des porteurs : la sphère, le cercle rapide naissent aisément sous le pinceau de Bruegel. Le Pays de cocagne (1567, Munich) est une scène originale par son angle de vision placé très haut. Elle révèle des convives obèses, endormis et rivés au sol par l'excès de nourriture : le chevalier, le paysan et le clerc dorment du même sommeil de l'indigestion. Dans ses derniers tableaux, Brue- gel réduit volontiers le nombre des personnages, stylisant parfois de façon brutale pour accroître J'effet dramatique: la Tempête (1568, Vienne) montre la mer déchaînée, d'un vert électrique, sous un ciel bas et noir qui descend presque jusqu'à la toucher. La Parabole des aveugles (1568, Naples) est un voile levé sur un des plus tristes aspects de l'infirmité et de la déchéance humaine. Cinq aveugles se tirent l'un l'autre, glissant et basculant vers un fossé où l'un d'entre eux gît déjà, jambes en l'air. Le déséquilibre de chacun d'eux est à lui seul comme un moment décomposé du mouvement de la chute. Les orbites vides ou les globes blancs tournés vers le ciel accentuent le sentiment d'horreur. Le Misanthrope (1568, Naples), dernière oeuvre connue du maître, montre com- ment, même parvenu à la solitude à laquelle il aspirait sur un chemin désert, le promeneur vieilli n'est pas à l'abri d'un nain-brigand qui lui vole sa bourse. Malgré une carrière relativement brève, Bruegel participe à sa ma- nière au mouvement de la Renais- sance. Il n'en retient pas les atti- tudes déclamatoires à l'antique ou les portraits exaltant la confiance en soi, mais plutôt des thèmes simples : les saisons, les travaux quotidiens, les foules populaires, les jeux d'enfants souvent entremêlés de quelques visions pessimistes de la mort. Recherchant la vérité humaine jusque dans ses aspects les plus laids, parfois baroque, héri- tier de Bosch, toujours proche du sentiment populaire, de la nature, Bruegel inaugure à bien des titres la peinture des temps modernes.
 
Bruegel - Le dénicheur - 1568
kunsthistorisches museun Wien


Bruegel - Les Mendiants 1568
Musée du Louvre Paris


Muséographie

Chasse au lapin sauvage, Fleuve dans un paysage accidenté, et à Stockholm (Musée national) : les Grands Pay sages.
Parmi les peintures, à Paris (Louvre) : les Mendiants ; à Bruxelles (Musées royaux) : la Chute des anges rebelles ; à Budapest (musée des Beaux-Arts) : la Pie sur le gibet, le Triomphe de la mort ; à Munich (pinacothèque) : le Pays de cocagne ; à Naples (Musée national) - le Misanthrope, la Parabole des aveugles ; à New York (Metropolitan Museum) : la Moisson ; à Vienne (Kunsthistorisches Museum) : les Chasseurs dans la neige, la Rentrée des troupeaux, Combat de Carnaval et Carême, la Danse des paysans, le Dénicheur d'oiseaux, Jeux d'enfants, le Massacre des innocents, la Montée au Calvaire, la Tempête, La Tour de Babel, Repas de noce, Journée sombre.




Pierre BRUEGEL, biographie : Artiste Peintre Pierre Bruegel / Pierre Breughel
AG - 27.07.2007 10:09 PM
 
 
 
 
 
Pierre BRUEGEL, biographie : Artiste Peintre Pierre Bruegel / Pierre Breughel